24 mars 2009
Sacs de RIZ
Un trajet en RER semblable à pléthore d'autres, lignes A, B, C, D, comme un abécédaire ferroviaire monotone et rébarbatif. Pourtant, fort de la lecture d'un livre qu'il ne quittait plus, Léonard se sentit soudain, à la sortie de son train-train, envahi par une vague implacable, ressac noir et cynique, marée glauque et délétère qui répondait à ce flux grouillant de passagers qu'il ne voyait plus comme des individus autonomes mais comme des fourmis indistinctes dans une dérisoire fourmillière humaine. Et il se souvînt de ce que lui avait dit un jour un ami bouddhiste, qui contemplait ses congénères avec un regard étrange, les voyant comme autant de sacs de riz identiques, faits des mêmes organes, des mêmes viscères, de similaires enchevêtrements de chairs et de sang, de pareils amoncèlements de replis carmin et gluants. Et Léonard, sans tomber dans cette vision déshumanisée et désespérée, se dît tout de même que tous ces êtres perdaient en humanité ce qu'ils gagnaient en masse ;
la foule se déhumanise, on peut la modeler à l'envi, on peut la mitrailler, la malmener, sans trop de remords ou d'égards... L'effet de groupe requiert un effort prodigieux pour rendre sécable cette marée inhumaine, faite de sueur et de manque de subtilité et de grossièreté ; de dilution de la responsabilité. Que dire de certaines situations banales, certains soucis techniques dont il avait été témoin, comme il avait observé avec stupeur les réactions de ses semblables lors de ces incidents, réactions primitives, primaires et sauvages ? Il n'en fallait décidemment pas beaucoup pour que le fragile vernis de nos habitudes ou de nos faux bons sentiments ne vole en éclat, révélant la brutalité animale des hommes, animaux capables de penser à défaut d'être toujours pensants. Un arrêt intempestif du train, des masses humaines tentant de se frayer un passage vers les voitures bondées, des bousculades, des manques de considération, des mots qui fusent, vils et bas, des empoignades... Un retour à la barbarie originelle, qui ne nous a jamais vraiment quitté.
Qu'ils sont à plaindre, ainsi, ces gens qui ne se rendent pas compte de la chance qu'ils ont de vivre dans un pays prospère et pacifié ! Qu'ils sont à plaindre ces gens qui hérissent par leur comportement immature et égoïste ! Qu'ils sont à plaindre ces petits dictateurs en puissance qui oublient les valeurs intrinsèques à l'Homme et qui les distinguent justement des autres animaux ! La compassion, l'amour, la solidarité... Comportements tombés en désuètude, valeurs sacrifiées sur l'autel de la performance, de l'immédiateté, du superficiel et du vain. Léonard se disait cela en suivant la file qui menait à l'escalator qui vomissait ses passagers au-dessus des quais du RER. En cas de stress ou de panique, combien de ceux-là s'entre-déchireraient et combien se piètineraient et combien se laisseraient aller à leurs plus bas instincts, court-circuitant en une fraction de seconde leur cortex au profit de leur cerveau reptilien ? Et dans des situations encore plus extrêmes, combien s'entre-tueraient et combien se tortureraient et combien abdiqueraient en un clin d'oeil leur statut d'être humain, leur sensibilité et leur compassion et leur amour, si tant est qu'ils soient ou aient jamais été en contact avec ceux-là ? Alors, oui, peut-être faudrait-il mieux considérer chacun de ces êtres comme des sacs de riz, indistincts et interchangeable, car, au bout du compte et à la fin des fins, nos os ne pourriront-ils pas ensemble dans un fatras puant, pestilentiel et identique et dérisoire ? A l'heure du Jugement Dernier, combien se retrouveront à pleurer et à s'apitoyer sur un sort qu'il leur avait pourtant été donné de maîtriser, de diriger - de conjurer ?
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14 décembre 2007
L'amour, TOUJOURS...
Un texte ancien non travaillé et, me semble-t-il, non publié encore, qui n'est certes plus d'actualité en ce qui me concerne, mais que je ne trouve pas si inintéressant que cela... Et hop, un ch'ti copier-coller !
Il est parfois des évidences dont il est bon de prendre conscience, et encore plus de savoir garder à l’esprit. Comme le bonheur que l’on peut ressentir en compagnie de l’être aimé. Garder en tête le fait que ce bonheur est, par nature, comme tout dans la vie, immanent ; prendre conscience de sa volatilité, de sa fragilité, ergo, de sa beauté.
Comment décrire avec des mots, aussi subtils soient-ils, l’état de félicité intense qui nous envahit lorsque l’on est aux côtés de la personne pour qui on donnerait tout ? Comment rendre compte de la quiétude et de la sérénité et du bonheur qui est le nôtre quand notre main se perd simplement dans la sienne ? Quand la main se fait caresse ? Qu’elle effleure chaque grain de peau avec la même attention, comme une fleur ? La présence de l’être aimé est alors une évidence, de même que le manque ressenti face à son absence.
It’s not your absence that I can’t bear, it’s not having you here by my side ;
It’s not your silence that I can’t stand, it’s not hearing the soft sound of your voice.
Comment expliquer qu’en dépit de toute notre solitude passée, l’on soit si bien en compagnie de notre élu(e) ? Pourquoi l’adaptation se fait-elle aussi spontanément et simplement ? Comment se fait-il que l’amour arrive à transformer à ce point nos existences pour les égayer, les parer de mille couleurs, les sublimer ? Pourquoi ne se reconnaît-on plus en présence de notre élu(e) ; pourquoi fait-on des choses qu’il nous aurait semblé inenvisageable de réaliser avant cette rencontre miraculeuse ? C’est que l’amour nous rempli d’endorphines, de substances naturelles génératrices de bonheur. Le bonheur n’est qu’intérieur, et jamais davantage que lorsque nous sommes amoureux, en avons-nous une si parfaite compréhension. Il ne tient jamais qu’à nous de voir la vie en rose ; l’amour n’est qu’un révélateur, puissant. Ce que l’amour fait, nous pouvons le faire aussi, de façon consciente, à tout moment de notre vie.
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