12 juillet 2008
Le Parapluie ROSE
Il devait être près d’une heure du matin lorsqu’ils arrivèrent à la porte d’entrée de son immeuble, faiblement éclairée par quelque lampadaire lointain, quelque lumignon faiblard. Ils se dirent quelques mots, encore, à défaut de se résoudre à se dire au revoir, à se séparer comme ça dans cette nuit trop douce. Ils se rapprochèrent un peu plus, les yeux dans les yeux, jusqu’au point de non retour, que chacun avait deviné tapi dans l’obscurité de cette rue peu passante. Une légère hésitation le prit, mais en réalité tout le processus avait été enclenché bien avant, au moment même où il lui avait demandé ce qu’elle faisait en cette soirée fatidique, au moment même où il l’avait arrêté dans la rue ; le matin même...
Leurs lèvres, soudain, se touchèrent. C’est elle qui le foudroya en premier. Choc électrique à n’en plus finir. Stupeur et tremblements incontrôlables. Plus le temps de se poser des questions ; plus le temps de réfléchir, encore moins celui de voir venir. Le cortex avait été court-circuité, déjà. Il n’eut qu’à se laisser aller, qu’à suivre ses émotions, qu’à se laisser porter par cette déferlante de bien-être qui venait en contrepoint du vague à l’âme qu’il avait pu éprouver dernièrement. Léonard ressentait ce besoin infini de tendresse, qui se trouvait comblé, là, comme jamais il n’aurait pu l’imaginer. Il se dit in petto qu’il n’en revenait pas du plaisir qu’il prenait à serrer ses lèvres contre les siennes, à se laisser embrasser comme ça, à laisser se mélanger leurs âmes et leurs humeurs. Alors ils s’enlacèrent, se cherchèrent, se caressèrent, encore et encore. Et ils se trouvèrent, assurément. Quelle félicité oubliée ! Quel bonheur inattendu ! Comme ces sensations qui refaisaient surface lui réchauffaient le cœur et l’âme, alors qu’il se collait contre elle, et qu’elle était toujours agrippée à lui, dans cette rue peu éclairée où ils s’étaient trouvés après s’être longtemps cherchés. Le temps semblait s’être arrêté depuis des lustres, toute trace de vie autre que la leur avait disparu, et le réel se retrouvait concentré, dense et insoluble, dans ces corps fiévreux, dans ces yeux emplis d’étoiles et d’étincelles, dans cette interminable étreinte surgie de la nuit des temps…
Soudain, Léonard prit conscience du temps qui avait dû passer, et il se rendit compte avec surprise et amusement qu’il tenait toujours le parapluie rose à la main. Et ils restaient là, devant cette porte cochère, dans cette rue enténébrée dont la seule lumière provenait de ce lampadaire distant… Et ils virent passer, comme dans un rêve, quelques badauds en goguette, quelques passants pressés. Et ils ne pouvaient annihiler cette force d'attraction formidable. Leurs langues, comme mues par une volonté propre qui aurait shunté la leur, se mêlaient avec délice, et elles ne faisaient plus qu’une, de même qu’ils ne faisaient déjà presque plus qu’un. Combien de temps s’embrassèrent-ils encore, portés irrésistiblement l’un vers l’autre par la frustration de presque un mois de rendez-vous réguliers au cours desquels ils avaient beaucoup échangé, il ne saurait le dire.
Ils se séparèrent enfin, fatigués mais béats. Léonard devait rentrer chez lui. Il utilisa l’excuse de ce rendez-vous important le lendemain pour s’extraire – tant bien que mal - de ses bras qui l’enlaçaient. Au-delà de cette impression de bonheur physique, il se dit que tout cela était bien rapide : heureux de se sentir aussi désiré, oui, c’était indéniable, certain de désirer autant, à voir… Ils se dirent à très bientôt, elle voulait conserver quelque chose de lui et il lui proposa sa montre, qu’elle refusa, comme de bien entendu, puisque le temps n'avait plus d'importance.... Il rentra à pied, le cœur et le pas léger… Il lui semblait qu’il pouvait s’extraire à la gravité et qu’il survolait quasiment de ses pas le tarmac humide. Mais encore, en arrière plan, ce doute lancinant qui le taraudait. Voulait-il réellement s’engager dans une relation avec cette belle étrangère tombée du ciel comme seuls peuvent le faire les anges déchus ? L’avenir le dirait, comme il lui réserverait in fine une surprise désagréable, qui le laisserait groggy, précisément trois mois après cet élan initial, sur une plage marseillaise, lors d’un week-end enchanteur qui tournerait au cauchemar. Mais ceci, bien évidemment, il ne le découvrirait avec effroi que plus tard, bien plus tard. Â son corps défendant et à son coeur défaillant...
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29 mai 2008
On Guitar Street...
pût perturber la félicité qu'ils ressentaient, seuls en pleine campagne, la tête vidée des soucis urbains, l'esprit à la dérive. Abandon des coeurs et des corps. Rien d'autre que la douce caresse de cet avenant zéphyr, la douce caresse de cette peau étrangère et pourtant si connue. Le temps, certainement, avait dû s'arrêter. Les étoiles avaient dû stopper leur course folle ; leurs têtes n'avaient pas besoin d'elles de toute façon pour tourner plus sûrement que le plus fou des manèges...
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14 août 2007
Sans Artifice...
Et il repensait à ces derniers quelques mois, à ce bonheur qu'il avait touché du doigt, à présent évanoui. Il s’était dit, en ces temps bénis, que jamais il n’avait été aussi heureux, jamais il n’avait ressenti aussi fortement cette vague douce et tiède de félicité ; il en avait alors apprécié chaque minute en se disant que ces instants précieux entre tous, qu'il savait impermanents, devraient, plus tard, pouvoir revenir sans effort à la surface de ses pensées, car ils étaient miraculeux. Mais les miracles ne durent jamais vraiment longtemps. Il ne pensait pas, alors, que le conte de fée s’achèverait si vite, ni si brutalement. Ni avec autant de souffrance. Il ralentit le pas, tenta de s’enfoncer au plus profond de cette nostalgie. Il avait l’impression que ces trois mois avaient duré des années. Il repensait à toutes les sorties qu’ensemble ils avaient faites, tous les gens qu’il avait connu… les reverrait-il un jour ? Il repensait à tous ces gestes amoureux, à ce regard étoilé inoubliable et à ce sourire indicible de Mona Lisa ; et à cette infinie tendresse qu'il n'avait pas su voir se tarir.
Tandis qu’il rentrait dans son immeuble, les yeux embués de toutes ces amères réminiscences, il s’attarda un peu dans la courette, et fuma une cigarette. Encore des souvenirs, plus anciens cette fois-ci. Il avait été heureux aussi, lui semblait-il, durant quatre années lointaines… Simplement, ces souvenirs-là étaient déjà enfouis plus profondément dans son esprit. Flashes de bonheur, mais tempérés, eux, par le fait que tout n’avait pas été sans ombres ni coups de grisou... Il se remémorait dans un demi-sourire ses sorties nocturnes (prenant pour excuse de sortir les poubelles ou chercher le chat qui prenait l’air) au cours desquelles il en profitait pour fumer une cigarette, comme celle qui se consumait à présent doucement entre ses doigts. Il se dit que les deux femmes qu’il avait le plus aimé étaient à cet instant précis très loin de lui… Mais les choses changent, inexorablement, et les moments rares de bonheur disparaissent dans les limbes du cerveau aussi sûrement qu’un feu d’artifice ayant explosé retombe à terre. Mais on ne le voit pas retomber ; on ne sent pas les souvenirs qui s’effilochent, on ne se rend compte qu'après coup que ce qui nous faisait vivre nous fait à présent souffrir. Ou pire, ne nous fait même plus souffrir. Il monta lentement les marches qui mènent au cinquième étage, et se laissa submerger par ce bonheur perdu, cette complicité interrompue, par ce vide immense et béant qui le tançait, intense et lancinant.
Paris, le 13 juillet 2007
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15 juillet 2007
Une FOULE révolutionnaire...
Samedi 14 juillet 2007
Un feu d'artifice du 14 juillet (les anglais disent Bastille Day) que je n'aurais pas vu, ayant préféré passé la soirée avec deux amies - pique-nique dans un petit parc du quartier, peu connu et donc d'un calme olympien, suivi d'un verre au café LOLA - et ayant été quelque peu refroidi par le nombre incalculable des parisiens et banlieusards venus assister au spectacle. Privilège d'habiter à quelques encâblures de la Dame de Fer, je n'aurais pas eu à me coltiner la foule bigarrée et crieuse qui se pressait déjà depuis tôt dans la soirée pour rejoindre la pelouse du Champ-de-Mars. J'assistai de loin aux explosions des feux d'artifice au-dessus de la tour Eiffel, et me suis souvenu alors que je n'avais pas non plus assisté au feu d'artifice de l'an passé - pour cause de déplacement dans le Bugey. Ce sera pour l'année prochaine, inch'Allah. Le dernier feu d'artifice parisien auquel j'ai assisté eut lieu en 2005, et la photo qui illustre cette note en est un beau souvenir. Bref, après avoir pique-niqué de façon quasi royale - Bordeaux pas mauvais, salades en tous genres et succulent gâteau aux pépites de chocolat et noisettes, le tout acheté en quatrième vitesse peu avant l'heure du rendez-vous - je suis rentré à pied en racompagnant une amie jusqu'au pont de Bir-Hakeim, en fendant une foule incroyablement compacte ; qui n'a pas vu de ses yeux une telle marée humaine ne peut pas comprendre la stupéfaction qui ne manque pas de tomber sur le spectateur incrédule de cette situation inédite.
04:45 | Lien permanent | Commentaires (1) |
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05 mai 2007
Butineurs d'ASPHALTE...
Harassé que je suis par la température caniculaire qui règne depuis quelques jours Paris-ci, je laisse mes pas me porter ici ou là, déambulant sans but particulier, entre les hôtels du même nom et les boutiques vides, errant au hasard des rues désertées de la Capitale. Le bitume, tel une couche ouateuse sous les semelles, se mêle aux détritus et autres débris jonchant le sol chauffé à blanc, et semble s’être transmuté en une sorte de gelée visqueuse, de sable mouvant urbain ; c’est tout juste s’il ne garde pas à sa surface les traces de pas des malheureux passants égarés sur cet incandescent tarmac… Ou bien alors, comme un métal à mémoire de forme, il reprendrait son aspect original dès le pied soulevé !
L’on se demande s’il y a encore de l’air, n’était-ce la certitude de pouvoir toujours respirer, tellement cet air ne laisse pas sentir son passage dans les poumons. On se croit sur une autre planète. Cette sensation est renforcée par le fait que Paris, à cette période, est largement délaissé par les autochtones, qui laissent place à la horde des touristes dont le statut est trahi par leur accoutrement et leur propension à flâner un plan de la Capitale visible dans une poche aisément accessible. Les honnêtes travailleurs, eux, vont bosser la fleur au fusil ; chacun ses outils. Ce mélange des genres donne à la ville un caractère nouveau, bien que facilement reconnaissable et saisonnier, qui revient tel une plaisante rengaine, d’un été à l’autre. Les uns apprécient l’ambiance ouvertement détendue qui les dédouane de se tuer à la tâche (la chaleur y contribue déjà fort bien, merci) tandis que les autres profitent davantage encore de leur séjour, par effet de contraste avec les infortunés citadins déjà rentrés de congé ou en instance d’y être…
Et moi, au milieu de tous ceux-là, je souris. Je souris intérieurement, naviguant entre deux eaux, nimbé de cette aura singulière que me confère mon métier de formateur itinérant, s’autorisant à prendre son temps entre deux séances de formation. Je vis à la frontière de deux mondes, prenant le meilleur de chacun d’eux, évitant de subir leurs désagréments mutuels autant que faire se peut. De la même façon, vu le climat estival et accablant et exceptionnel qui règne en ce moment, je profite soit de salles de réunion fraîches, soit de bureaux climatisés, qui alternent avec des balades soit pédestres, soit ferrées ; des trajets soit aériens, soit souterrains. C’est lors de ces instants de transhumance que je laisse mon esprit divaguer, comme il le fait en ce moment, et que je prends davantage conscience du monde qui m’entoure, dans tous ses aspects, du plus merveilleux au plus glauque. Et l’œil impavide scrute cette vaste étendue avec équanimité et bonté. Juste garder l’esprit ouvert, les sens en éveil, la capacité intacte à s’émerveiller ou s’émouvoir d’un détail habituellement laissé pour compte. Voilà ce que représentent pour moi ces semaines d’été, lorsque le mercure flirte avec les limites de la décence, lorsque le rythme trépidant va decrescendo, lorsque la cool attitude supplante les cadences speedées auxquelles on finit par ne plus porter attention. L’antidote, pour ainsi dire, se trouve dans le poison, mais notre préférence se portera toujours sur les chimères inaccessibles, sur les objets de désir desquels on se lasse aussi vite que l’on a voulu les saisir, plutôt que sur nous-mêmes et notre capacité intrinsèque et formidable à toujours pouvoir choisir l’angle de notre regard, la couleur de notre expérience, le goût de notre prise de conscience.
Il n’est pas de meilleur moment pour s’apercevoir de tout cela que quand nous sommes contraints et forcés de ralentir notre marche, et, partant, de mettre en veille notre machine infernale, de laisser aller et venir les pensées, et finalement de s’ouvrir aux autres humains, aux joyaux qui nous entourent sans que nous ne nous en rendions compte…
Malheureusement, sur cette planète étrange et peu familière, nous ne savons rester. Nous ne pouvons nous y fixer définitivement. Nous ne sommes, au bout du compte, pas si mécontents que cela de revenir au bercail une fois notre exploration achevée. Le bonheur ne serait-il soluble dans nos vies qu’à doses infinitésimales ? Le bonheur ne serait-il supportable que si l’on sait que l’on devra s’y soustraire ? Ainsi serions-nous faits ? Ainsi la vie irait-elle ? Nous passons de l’ombre à la lumière, et de la lumière à l’ombre. Nous traversons les ténèbres pour aller à la clarté, et de la clarté nous gagnons les ténèbres. Nous alternons, tel un pendule fou, mu par un mouvement indécelable et quasi perpétuel, entre rire et larmes, entre joie et tristesse, entre vraie compassion et faux dédain. Il suffit parfois d’un peu de temps et de disponibilité, d’un peu de chaleur et de douceur pour s’en rendre compte…
23:35 | Lien permanent | Commentaires (2) |
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