18 juin 2009
Orly soit qui...
Posté à l'ombre inexistante de trois arbres récemment étêtés, je m'entête à observer les moyen-courriers aux couleurs et logos disparates après qu'ils ont franchis la ligne des immeubles qui me fait face. Le temps d'exhaler un panache de fumée grise qui se fond immédiatement dans l'identique couleur du ciel du jour, et voilà un autre avion qui apparaît ! Je le suis du regard et je suis soudain projeté dans la cabine au côté des passagers en provenance de quelque pays exotique, et qui doivent être soulagés d'arriver à bon (aéro)port. Et je me remémore mes descentes sur Paris, lorsque j'étais moi-même de retour de quelque contrée lointaine, tout heureux d'apercevoir la Tour Eiffel au loin, de sentir (presque physiquement) la terre se rapprocher, de frémir à l'idée de retrouver ma chère Capitale ; le plaisir d'être en partance n'est dépassé que par celui de recouvrer ses habitudes et ses repères.
Et je pense à ces sages passagers, qui arrivent sains et saufs et qui doivent en être soulagés... L'attente du moment où les pneumatiques vont toucher la tarmac de la piste, le ronflement des moteurs à réaction qui se fait davantage audible, les ceintures de sécurité qui se bouclent et les sièges qui se redressent en phase d'approche, le moment de tension inévitable lorsque le contact se fait entre le sol et l'appareil qui décélère en vibrant de tous ses boulons et ses sondes Pitot, et parfois, sur les long-courriers et au hasard des nationalités embarquées, les applaudissements qui retentissent dans l'aéronef après l'atterrissage, forcément réussi. La douce impression de transgression lorsque l'on détache sa ceinture avant l'arrêt complet de l'appareil, bravant les regards attentifs du personnel naviguant mais tellement satisfait de pouvoir enfin s'extirper de cette carlingue soumise à rude épreuve. Nouveau panache de fumée grise, dont le silence de la dissipation contraste avec le vacarme presqu'assourdissant des jet engines du Boeing qui me survole. J'aperçois les petits hublots derrière lesquels les voyageurs sont assis, l'avion semble étonnamment horizontal, en fait, même s'il perd beaucoup d'altitude lors de cette phase critique de reprise en main de l'appareil par le pilote. Et ma cigarette se termine, insensible à l'inexorable et permanent ballet qui se déroule à quelques dizaines de mètre au-dessus de ma tête ; je rentre dans le bâtiment de Formation et, d'ici quelques minutes, je reprendrai la route pour Paris par le truchement de l'OrlyBus, dans lequel, sans doute, je me mêlerai aux passagers venus hanter provisoirement mes pensées et que j'avais devinés à la faveur d'une pause clope, masqués par un fugace fuselage métallique à l'éclat intermittent...
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24 mars 2009
Sacs de RIZ
Un trajet en RER semblable à pléthore d'autres, lignes A, B, C, D, comme un abécédaire ferroviaire monotone et rébarbatif. Pourtant, fort de la lecture d'un livre qu'il ne quittait plus, Léonard se sentit soudain, à la sortie de son train-train, envahi par une vague implacable, ressac noir et cynique, marée glauque et délétère qui répondait à ce flux grouillant de passagers qu'il ne voyait plus comme des individus autonomes mais comme des fourmis indistinctes dans une dérisoire fourmillière humaine. Et il se souvînt de ce que lui avait dit un jour un ami bouddhiste, qui contemplait ses congénères avec un regard étrange, les voyant comme autant de sacs de riz identiques, faits des mêmes organes, des mêmes viscères, de similaires enchevêtrements de chairs et de sang, de pareils amoncèlements de replis carmin et gluants. Et Léonard, sans tomber dans cette vision déshumanisée et désespérée, se dît tout de même que tous ces êtres perdaient en humanité ce qu'ils gagnaient en masse ;
la foule se déhumanise, on peut la modeler à l'envi, on peut la mitrailler, la malmener, sans trop de remords ou d'égards... L'effet de groupe requiert un effort prodigieux pour rendre sécable cette marée inhumaine, faite de sueur et de manque de subtilité et de grossièreté ; de dilution de la responsabilité. Que dire de certaines situations banales, certains soucis techniques dont il avait été témoin, comme il avait observé avec stupeur les réactions de ses semblables lors de ces incidents, réactions primitives, primaires et sauvages ? Il n'en fallait décidemment pas beaucoup pour que le fragile vernis de nos habitudes ou de nos faux bons sentiments ne vole en éclat, révélant la brutalité animale des hommes, animaux capables de penser à défaut d'être toujours pensants. Un arrêt intempestif du train, des masses humaines tentant de se frayer un passage vers les voitures bondées, des bousculades, des manques de considération, des mots qui fusent, vils et bas, des empoignades... Un retour à la barbarie originelle, qui ne nous a jamais vraiment quitté.
Qu'ils sont à plaindre, ainsi, ces gens qui ne se rendent pas compte de la chance qu'ils ont de vivre dans un pays prospère et pacifié ! Qu'ils sont à plaindre ces gens qui hérissent par leur comportement immature et égoïste ! Qu'ils sont à plaindre ces petits dictateurs en puissance qui oublient les valeurs intrinsèques à l'Homme et qui les distinguent justement des autres animaux ! La compassion, l'amour, la solidarité... Comportements tombés en désuètude, valeurs sacrifiées sur l'autel de la performance, de l'immédiateté, du superficiel et du vain. Léonard se disait cela en suivant la file qui menait à l'escalator qui vomissait ses passagers au-dessus des quais du RER. En cas de stress ou de panique, combien de ceux-là s'entre-déchireraient et combien se piètineraient et combien se laisseraient aller à leurs plus bas instincts, court-circuitant en une fraction de seconde leur cortex au profit de leur cerveau reptilien ? Et dans des situations encore plus extrêmes, combien s'entre-tueraient et combien se tortureraient et combien abdiqueraient en un clin d'oeil leur statut d'être humain, leur sensibilité et leur compassion et leur amour, si tant est qu'ils soient ou aient jamais été en contact avec ceux-là ? Alors, oui, peut-être faudrait-il mieux considérer chacun de ces êtres comme des sacs de riz, indistincts et interchangeable, car, au bout du compte et à la fin des fins, nos os ne pourriront-ils pas ensemble dans un fatras puant, pestilentiel et identique et dérisoire ? A l'heure du Jugement Dernier, combien se retrouveront à pleurer et à s'apitoyer sur un sort qu'il leur avait pourtant été donné de maîtriser, de diriger - de conjurer ?
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15 février 2009
Rétromobile 2009
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27 juillet 2008
Point à la ligne
Ma géomètre adorée a tiré un trait sur moi. Nulle cigarette et nul Bordeaux ne peuvent me la faire oublier, et pourtant la réalité est là... Ma relation est à l'eau, partie en fumée, et moi je suis au vin, et je vide les paquets de cigarettes. Dura Lex Sed Lex.
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06 janvier 2008
Mais réveillez-MOI !
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